Ce livre prend les Évangiles au mot, non comme une religion, mais comme la plus lucide des grammaires politiques. Il y relit ce qu'aucun parti n'ose plus formuler : une personne libre et responsable, jamais réduite à un numéro de dossier ; un État ramené à ses missions vitales, propre, simple, souverain ; une société vivante qui n'attend plus tout d'en haut pour exister.
Car il faut avoir le courage de relire ce qui est écrit. Quand un homme dit à ceux qui gouvernent : « Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt », il ne fait pas de la morale. Il décrit, deux mille ans à l'avance, une administration qui empile les normes sans jamais en supporter le poids. Et quand il ajoute : « Il n'en sera pas ainsi parmi vous », il ne prêche pas l'humilité : il congédie la caste.
Ni sermon ni programme : une pensée. Chiffres vérifiés à l'appui, objections affrontées de face, langue de bois proscrite. On ne trouvera ici aucun argument tiré du Ciel, aucune norme justifiée par la seule autorité de la foi. Le Christ y est convoqué comme on convoque un penseur politique, pour la puissance de ce qu'il dit, non pour ce qu'il serait.
Ce premier tome ne dit pas encore comment ; il établit, pierre après pierre, le pourquoi, car on ne rebâtit pas une nation sans avoir d'abord retrouvé les raisons de la vouloir.